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ENTRETIEN AVEC BACKUP FILMS

2005-02-17

 

Les fondateurs de l’agence de financement française présentent leurs orientations pour 2005, en particulier leur réflexion sur la création d’outils de financement propres.

Créée en 2002 à parts égales par Olivier Aknin, David Atlan-Jackson, Jean-Baptiste Babin et Joël Thibout, Backup Films a été mandatée à ce jour sur une quinzaine de projets, notamment Tropical malady (2004) de Apitchatpong Weerasethakul, ou encore Shadows in the sun (2005) de Brad Mirman. Ses fondateurs précisent comment ils conçoivent leur activité, quels sont leurs critères de sélection des projets sur lesquels ils se positionnent et donnent leurs orientations pour l’année 2005.

Screenmedia : De quel constat est née Backup ?

Backup Films : Il était auparavant simple pour un producteur de financer un film sur son territoire d’origine, mais un basculement s’est produit il y a trois-quatre ans et le financement est devenu un exercice beaucoup plus technique. Certains d’entre-nous étant issus de la vente internationale, d’autres de la production, nous avons pensé qu’il y avait quelque chose à faire à l’international, mais pas au niveau des ventes, au niveau du financement. La distribution internationale permet la diffusion du cinéma et la force des vendeurs français constitue un atout très important pour l’industrie française. Pour nous, il s’agit de faire en sorte que cette arme soit anticipée, au moment du financement.

Screenmedia : Comment vous situez-vous par rapport aux producteurs, qui sont vos clients ?

Backup Films : En tant qu’agence de financement, notre activité se définit comme une externalisation d’une partie du travail traditionnel du producteur, la partie financière internationale, pour le laisser se concentrer sur les aspects créatifs et la fabrication du film, ainsi que sur le financement sur son territoire national. Il est "chef de projet" et nous devenons en quelque sorte "chef de poste", en agissant en amont. Les systèmes de financement sont aujourd’hui plus techniques, ce qui fait parfois peur aux producteurs ou les empêche d’optimiser les sources de financement disponibles. Nous nous situons entre les deux, pour démystifier ces outils sans qu’ils accaparent les processus de création et de fabrication du film. Avec le projet American Widow, sur lequel nous agissons en tant que conseiller en financement, cette logique est poussée encore plus loin puisque CS Leigh est à la fois réalisateur et producteur. Ceci dit, ce n’est pas forcément le cas de figure le plus confortable pour nous. Il est toujours préférable qu’il y ait un producteur qui joue l’interface entre le créateur et le financement de son film.

Screenmedia : Quelle part du financement prenez-vous en charge et quelle est votre rémunération ?

Backup Films : Il n’y a pas de règle. Sur Tropical Malady, nous étions mandatés sur la totalité du financement car le producteur, Charles de Meaux, était très content de s’en décharger. Mais au-delà de 50% du financement, c’est généralement difficile. Nous nous payons au « success fee », de manière dégressive, de 15 à 5 %, sur les montants levés par nous.

Screenmedia : Quels sont vos critères de choix des projets ?

Backup Films : Nous suivons le travail de centaines de producteurs dans le monde, ce qui est un gage de crédibilité auprès de ceux que l’on sollicite pour des financements. Une moyenne de 285 projets nous ont été proposés chaque année jusqu’ici et nous intervenons sur environ dix films, soit six à sept nouveaux projets par an, ce qui est un bon rythme de croisière. Nous ne souhaitons pas intervenir sur plus, mais plutôt bien traiter ces dix-là. Le premier critère est : "peut-on faire quelque chose ?". Autrement dit, le projet est-il susceptible de motiver des sources de financement internationales ? Le second critère : "est-ce qu’on a envie de le faire ?". Pour cela, il faut toujours une rencontre avec un producteur.

Screenmedia : Quels sont vos axes de développement pour 2005 ?

Backup Films : Notre réflexion pour 2005 porte sur la constitution d’outils de financement propres. Nous nous sommes aperçus que la structure de financement des projets sur lesquels nous intervenons comporte des invariants. L’idée est donc de construire des outils qui vont systématiser notre intervention. A partir des trois grandes familles que sont le "soft money" (financements par subvention ou défiscalisation principalement), les investissements en cash ("equity" et prêts bancaires) et la pré-commercialisation (préventes et accords de ventes internationales), nous souhaitons mettre au point un outil de financement propre et intégré qui nous permette de nous constituer en guichet de financement. Après avoir distingué avec un producteur un schéma de financement pour son projet, cet outil de financement qui intégrerait l’ensemble de notre savoir-faire et des solutions que nous pouvons mettre en place permettrait à lui seul de boucler l’ensemble du financement du film. C’est aujourd’hui pour nous une vraie priorité de développement. Notre premier effort a porté sur le suivi du développement des projets nous intéressant pour nous permettre de nous positionner sur ceux-ci au meilleur moment. Il a ensuite fallu prouver qu’on pouvait leur apporter une valeur ajoutée en leur permettant d’être produits dans de bonnes conditions. Nous arrivons désormais à un stade de maturité où nous pouvons nous positionner sur les projets qui nous intéressent, nous cherchons donc à rationaliser et systématiser notre intervention pour gagner en rapidité et en efficacité.

Screenmedia : Closeup Films, structure soeur que vous avez créée en avril 2004, est-elle destinée à évoluer ?

Backup Films : Closeup a été créée lorsque nous travaillions sur Shadows in the Sun de Brad Mirman (en fin de post-production). Elle restera un instrument strictement financier, réservé aux coproductions minoritaires. Elle s’inscrit en plein dans la logique de Backup, qui est de permettre aux producteurs de rester producteurs en se concentrant sur le suivi artistique et la fabrication. Notre intervention sur Shadows in the Sun impliquait la recherche d’un partenaire de co-production en France, la mise en place d’une part de financement française d’environ 20% restant de notre ressort. Solliciter un producteur français n’aurait pas été d’une grande pertinence car son intervention se serait alors rapprochée d’une simple prestation de service. Or nos partenaires cherchant à entrer en coproduction cherchent des coproductions dans lesquelles ils aient un rôle significatif à jouer et nous ne trouvions donc pas de producteur heureux dans ce rôle-là. Comme il s’agissait d’un film à potentiel commercial, nous avons levé la part française de manière bancaire via Closeup. La structure doit intervenir sur deux autres projets en 2005 et 2006 selon la même configuration, pour financer une part manquante. Il s’agit d’une vraie prolongation de notre métier.

Entretien réalisé par Emilie Guyonnet pour ScreenMedia
17 février 2005

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