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LES COPRODUCTIONS INTERNATIONALES AU SECOURS DES FILMS FRANCAIS

2003-04-09

 

Depuis la crise de Canal +, les producteurs cherchent des financements hors des frontières et se tournent vers des fonds étrangers qui impliquent des montages financiers complexes.

Depuis environ un an, la crise de Canal+ a balayé le monde du cinéma comme une lame de fond. La crise s’est accompagnée d’une sévère dépression du marché des préachats de films par les télévisions payantes européennes : effondrement de l’empire Kirch en Allemagne, situation de quasi monopole acquise par Murdoch en Grande Bretagne, fusions des bouquets satellitaires en Italie et en Espagne, dégradation de la situation des filiales de Canal+ un peu partout. Hengameh Panahi, de Celluloid Dreams, affirme que cette société de négoce international de droits vend aujourd’hui ses films cinq à dix fois moins cher qu’il y a un an.

À cela s’ajoute un phénomène de formatage que décrit Didier Duverger, directeur général de Coficiné, établissement de crédit spécialisé dans le cinéma : « Il y a encore deux ans, personne ne s’attendait à ce qu’un film français marche. Maintenant qu’il y a une quinzaine de films « millionnaires » (qui font plus d’un million d’entrées en salle) par an au lieu de quatre ou cinq, les acheteurs ont une pression énorme. Cela contribue à concentrer les achats sur des films de genre à gros budget et à réduire substantiellement le nombre de films produits pour 3 à 5 millions d’euros. »

Contraints de trouver de nouveaux financements, les producteurs se tournent vers l’étranger. La préparation de Rois et Reine, le nouveau film d’Arnaud Desplechin, avait été suspendue en 2002, rappelle Grégoire Sorlat, de Why Not Production. La solution est finalement venue de Belgique.

Un nouvel équilibre, plus rationnel, se dessine, dans lequel les films sont payés par ceux qui les regardent : les spectateurs français en salle, les téléspectateurs, les acheteurs de VHS et de DVD et les spectateurs étrangers, chaque partie à due proportion de sa consommation du film.

Les coproductions qui fleurissaient dans les années 1970, avant l’avènement des télévisions privées, se développent à nouveau grâce notamment au travail d’organismes comme ACE (Ateliers du Cinéma Européen), qui tissent des réseaux entre producteurs européens. Si elle est encore modeste (79 millions d’euros sur les 724 investis en 2002 dans les films d’initiatives française), la part du financement international dans les films a augmenté de 30 % en un an.

La vogue des fonds spéciaux.

Mais tous les sujets ne se prêtent pas à la coproduction, et ceux qui y semblent prédisposés ne fédèrent pas toujours. Marie Masmonteil (Elzévir Films) explique qu’après avoir monté des coproductions pour ses deux premiers long-métrages, elle n’a pas trouvé de partenaires pour Bella Ciao, de Stéphane Giusti.
La situation est très différente de celle qui avait favorisé les coproductions des années 1970, lorsque le cinéma était porté par des stars européennes et des producteurs-auteurs. « Plus personne ne signe de chèque en blanc, assure Christophe Mazaudier, fondateur de Short Cuts, une nouvelle société de conseil en coproduction. Aujourd’hui, tout investissement en coproduction est conditionné par une garantie de refinancement. »

De fait, une grande partie de l’argent étranger provient de fonds spéciaux défiscalisés, qui prolifèrent depuis l’effondrement des marches boursiers. Le plus populaire auprès des producteurs français est le « sale and lease-back » britannique, qui permet de financer à hauteur de 13 % à 14 % tout film de nationalité britannique. En vertu des traités binationaux, les films peuvent acquérir la nationalité britannique à partir d’un certain seuil - généralement 20 % - de dépenses considérées comme britanniques, une notion relativement floue. Il existe aussi des fonds d’investissement à risque qui investissent dans les films en échange de parts de coproduction. Il est ainsi possible de financer jusqu’à 30 % ou 40 % du budget d’un film en Grande Bretagne seulement.

Les producteurs cherchent aujourd’hui à jongler avec ces outils qui prolifèrent dans toute l’Europe, ainsi qu’au Canada, aux Etats-Unis ou en Australie. Certains dépendent directement des Etats, d’autres des régions, d’autres encore d’investisseurs privés. Chacun nécessite, pour en bénéficier, de remplir un certain nombre de critères, de connaître les dates des sessions, les changements (très fréquents) dans la réglementation, de savoir quel type de financement est conditionné à tel autre, etc. Les plus risqués demandent généralement des estimations de recettes sur le marché international. La plupart n’imposent aucun critère artistique.

Pour maîtriser ces outils, Exception, la société créée par les anciens du StudioCanal, a monté, sous l’impulsion de Juliette Renaud, un département ad-hoc. Margaret Menegoz (Les films du Losange) a elle-même crée un poste. La plupart des producteurs ont toutefois une assise financière trop fragile et une expérience internationale insuffisante, et tendent à sous-traiter cette activité. Celluloid Dreams étend ainsi depuis un an son activité de vente à la recherche de financements en amont.

Des sociétés de conseil émergent, comme Backup Films, qui a aidé Paulo Films à financer Pas de repos pour les braves, le premier long-métrage d’Alain Guiraudie. Après obtention d’un financement Canal+ équivalent à un tiers du financement espéré, le budget s’est monté comme un patchwork avec la participation d’Arte, celle de deux regions françaises, la mise en place d’une coproduction autrichienne qui a permis le concours d’une chaîne de télévision autrichienne et, au dernier stade, de CinéCinémas, qui est venu compléter. « Le financement domestique reste prépondérant pour le petit film d’auteur, explique Joël Thibout, un des fondateurs. Mais aujourd’hui le déblocage passe souvent par l’international, qui entraîne ensuite seulement la remise au pot par la France. »

Cette technicisation du métier n’est pas neutre sur les films. Elle contribue notamment à la prolifération d’«europuddings », assemblage de compétences européennes dans un film en vue d’obtenir des financements sans le moindre souci artistique. À cet égard, le film Dina, qui sort cette semaine est édifiant.

Mais Joël Thibout, Christophe Mazaudier et Juliette Renaud restent optimistes sur l’avenir que ce type de financements assure aux films d’auteurs, aussi pointus soient-ils. De l’avis général, en revanche, les films à faible potentiel international avoisinant les 10M€ de budget n’auraient pratiquement plus d’avenir. Ma femme s’appelle Maurice et L’Adversaire sont les exemples qui reviennent le plus souvent.

Isabelle Regnier
9 Avril 2003

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